Yves Duteil s'engage pour la planète...

“Planète précieuse”... Un beau titre pour une rencontre qui aura pour thème, le 4 septembre prochain au sein de votre lycée, l’environnement. Notre planète est fragile, ça ne nous sautait pas aux yeux... Mais ça pourrait bien nous sauter à la figure si on n’y prenait garde. Je serai avec vous en pensée lors de ces rencontres. Ah! J’aurais bien aimé être là, écouter vos invités, en prendre de la graine pour ne pas qu’on se plante... Qu’est-ce qu’elle nous dirait la Terre si elle pouvait parler ? Et qu’est-ce qu’on lui répondrait ?... Peut-être, par exemple :
“Chère Planète,
Tu nous as sur le dos depuis des millénaires, et à l’heure où on interroge le premier qui passe sur tout et n’importe quoi, il me prend l’envie de savoir ce que tu penses de ces espèces de mammifères à deux pattes qui ont survécu aux dinosaures, aux mammouths, et à tous les cataclysmes que tu as semé sur eux pour les rendre au néant… Au fond, ta vraie nature, est-elle généreuse, comme tes arbres qui offrent leurs fruits à tout le monde, sournoise comme ta jungle, hostile comme ta banquise ou furieuse comme tes ouragans du Pacifique ? Y a-t-il un cœur qui bat sous ton écorce terrestre ? Es-tu faite pour nous, ou nous pour toi ? Allez, laisse-moi deviner si on t’est vraiment utiles, ou si tu nous observes simplement du coin de l’œil du cyclone, pour voir si on va sortir de ce Fort Boyard avec le trésor, ou bien croqués par les tigres… C’est vrai, c’est un peu énervant ton silence, on marche dans le noir, et devant cette infinité de choix à faire à tout bout de champ, il faudrait qu’on découvre tout de suite la bonne piste, qu’on résolve toujours l’énigme pour élucider les mystères et qu’on sache à l’avance quelles seront les conséquences de nos tâtonnements dans cent cinquante mille ans… Et pendant qu’on cherche, on sent bien que toi tu sais. Tu as réponse à tout, et tu ne dis rien. Tu ris sous Cap de Bonne Espérance. Tu ne pourrais pas nous faire gagner quelques siècles en nous faisant passer des antisèches contre la canicule et quelques tuyaux sur le désert ? On n’a pas grand chose à te donner en contrepartie, mais au moins tu aurais la paix, on arrêterait de se battre contre tes montagnes, de creuser tes méninges pour donner du pétrole à nos idées, on saurait si un principe de précaution vaut mieux qu’une précaution de principe, et pourquoi le clone a l’ère si triste… C’est vrai, on devrait être équipés pour découvrir tout cela, puisqu’on a des milliards de neurones, mais sans doute a-t-on égaré une notice au passage… Il nous manque un Petit Prince qui viendrait d’ailleurs pour nous dire des vérités simples sur nos vies compliquées, une pierre philosophale qui changerait nos plombs qui pètent, en or qu’idées… Dans ta réalité géologique, tu prends le temps de faire le tour de la galaxie à pied. Ça rend un peu hasardeux le décryptage sur une vie d’homme… Alors on est condamnés à attendre, attendre les messages des sondes spatiales, les performances des batyscaphes, la précision des microscopes et la puissance des téléscopes pour t’arracher un à un tous les secrets que tu pourrais nous révéler tout de suite… En attendant, on confie notre destin à la démocratie. Ca veut dire en substance que celui qui fait le mieux semblant de tout savoir est élu pour demander ensuite à ceux qui ont le plus de diplômes de lui dire ce qu’il faut faire devant l’inconnu… Et sitôt qu’il est élu, on ne songe qu’à le remplacer par un autre qui a l’air de mieux savoir demander aux mêmes… Depuis que tu nous sens nous agiter à ta surface, de plus en plus nombreux, de plus en plus puissants, est-ce que tu as aussi peur que nous de l’avenir ? Je ne le crois pas. Tes pommiers font toujours des pommes sans trop de pépins, tes nuages ne se demandent jamais s’ils ont bien plu, et tu n’as jamais besoin d’une main sur les pôles pour te consoler. Mais quand même, on doit bien servir à quelque chose. En fait, on t’aime beaucoup. Et on aimerait éviter de commettre de très grosses fautes. Le genre irréversible, les déchets nucléaires, les OGM, les virus, le climat… mais on sait qu’on est déjà dedans. Nous oui. Mais toi, pas vraiment. À l’échelle de l’univers, tu digèreras toutes les erreurs comme des errances, en prenant le temps qu’il faut. Et même si par malheur on venait à disparaître dans une catastrophe du type dinosaures ou l’Atlantide, les scorpions ou les huîtres prendraient le relais, ce serait dommage parce que je crois que les scorpions sont encore plus méchants que nous, et que les huîtres mettraient beaucoup plus longtemps à rattraper le niveau de connaissances qu’on aurait atteint. Tu vois, tu aurais tort de faire preuve de trop de pesanteur à notre égard. Si tu t’obstines dans ce silence sidéral, l’atmosphère va vite devenir irrespirable entre nous. Alors fais un petit geste, après tout, tu nous as hérités de nos parents mais c’est toi qui vas hériter de nos enfants… Tu as peut-être intérêt à composer avec eux par avance, parce que je te préviens, ils ne sont pas faciles. Tu as connu déjà pas mal de révolutions, mais ils vont te faire une vie à coucher dehors si tu nous fais tourner en rond trop longtemps… Tout est en équilibre dans l’univers. Les étoiles avec leurs planètes, les planètes avec leurs satellites, les quarks, les ions et les photons, les grains de matière et d’antimatière, mais nous, entre deux lames de fond, quel microscope nous regarde mourir et vivre ? Pourquoi notre cœur sait-il déjà des choses que notre cerveau ignore ? Tu as nourri nos corps depuis notre venue au monde… il te reste à nous apprendre à vivre avec toi, dans le respect de la diversité que tu as fait éclore de tes profondeurs. Il nous reste à grandir en sagesse et à tuer la haine, nous avons besoin de toutes tes forces pour t’aimer mieux, pour penser vrai, pour comprendre plus loin, et te rêver plus belle. Je crois qu’il y a le feu à la maison. Dis nous où sont les extincteurs, vite, j’ai peur que l’humanité n’échoue avant d’avoir pris son envol dans l’univers… Avec tout l’amour de la Terre,
Yves.”
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